Steinitz (1836-1900)
Surnommé le "besogneux des échecs", il est le premier à émettre des principes et des lois qui n'ont jamais été réfutés depuis. Il est par exemple celui qui lance l'idée novatrice de cases fortes et qui avance le principe qu'un pion de plus doit entraîner le gain de la partie. Son jeu ne plait pas. Trop fermé. Mais sa vision révolutionnaire allait être reconnue 30 ans plus tard.
On peut qualifier ses débuts comme laborieux. En effet, il dispute son premier tournoi à 23 ans alors que Morphy est déjà à le retraite. En 1861 il remporte son premier tournoi sur le score de 30 victoires pour une défaite seulement. Encouragé par ce succès il participe au Tournoi de Londres 1862 mais ne se classe que sixième, le vainqueur est Anderssen.
Steinitz se replonge dans l'étude des échecs, affine ses coups et rencontre Blackburne à Londres. Blackburne bien connu pour son penchant pour l'alcool était malgré tout capable de battre bon nombre de forts joueurs de l'époque. Son style incisif allait selon ses supporters écraser le style timoré de Steinitz. Le score pourtant reflète la tendance que prennent alors les échecs. 7 victoires pour l'Autrichien, 1 pour Blackburne et 2 matchs nuls.
Mais Steinitz ne pouvait se proclamer champion du monde sans une victoire face à Anderssen, redevenu l'incontestable n°1 depuis la retraite de Morphy en 1859 et sa nette victoire à Londres en 1862. Le match fut organisé à Londres avec pour la première fois l'introduction d'un temps limite. Chaque joueur aurait 4 heures de réflexion pour jouer ses 40 premiers coups, 2 heures pour les 20 suivants, etc. Le vainqueur serait le premier à gagner 8 parties, les nulles ne comptant pas.
Anderssen remporte la première, mais Steinitz remporte les 4 suivantes ! Anderssen ramène le score à 4-5 mais l'Autrichien se détache à 6-5. Anderssen revient au score. 6 partout. La treizième partie voit Steinitz s'imposer ainsi que la quatorzième. Il obtenait donc les 8 victoires et se proclamait naturellement champion du monde, ayant battu celui qui était considéré comme le plus fort joueur du moment.
S'enchaînent ensuite des victoires face à Henry Bird et enfin la rencontre avec un challenger officiel : Johannes Zukertort (Allemagne, 1842-1888). Le match se déroulerait sur 3 sites ; New-York, Saint-Louis et la Nouvelle-Orléans. 10 victoires pour déclarer le vainqueur, 2 heures pour les 30 premiers coups et 15 coups par heure en plus et une bourse de 2.000 dollars au vainqueur. Le match débute en janvier 1886 et Steinitz remporte la première partie. Mais Zukertort s'adjuge les 4 suivantes ! Direction Saint-Louis où Steinitz remporte la sixième partie. Dans la septième partie, Zukertort offre à son rival la possibilité d'un magnifique sacrifice au 32ème coup qui se solde par la victoire de Steinitz 4 coups plus tard. L'Allemand ne se remettra pas de cette défaite et le score final s'établira à 10 victoires pour Steinitz, 5 défaites et 4 nulles (voir la 20ème partie)
On ne reverra plus Zukertort qui mourut 2 ans plus tard.
Il fallait alors un nouveau challenger. On le trouva en la personne de Tchigorine (1850-1908). A 53 ans, Steinitz trouva la force de garder sa couronne en l'emportant sur le score de 10 à 6 (voir 4ème partie). Le challenger suivant fut le Hongrois Isidore Gunsberg (1854-1930). Pour ce match les nulles compteraient pour 0,5 points et le vainqueur serait le premier à atteindre 10 points. Steinitz s'imposa par 10,5 à 8,5. A 56 ans, Steinitz rencontra Tchigorine à la Havanne en 1892 pour défendre son titre une nouvelle fois. Le match allait être serré. A la 23ème partie, tandis que Steinitz menait par 9 à 8 et que Tchigorine devait impérativement gagner (le vainqueur serait celui à obtenir 10 points et en cas d'égalité à 9, le match serait prolongé à 12 points), ce dernier commit l'irréparable au 32ème coup (voir 23ème partie). Abandon… Steinitz reste champion du monde.
Steinitz remet son titre en jeu en 1894 et… perd face à un jeune de 25 ans, Emmanuel Lasker (score : 10 victoires pour Lasker, 5 pour Steinitz et 4 nulles). Une revanche eut lieu 2 ans plus tard et Lasker s'imposa par 10 à 2. Lasker restera le maître de la planète échecs jusqu'en 1921.
Steinitz continua cependant à jouer dans de nombreux tournois mais il sombra dans la folie pour finalement s'éteindre le 12 août 1900 à New-York.