Morphy (1837-1884)
| Fils d'un juge de Louisiane, Paul Morphy n'a joué la première fois qu'à l'âge de 10 ans. En moins de 2 ans il allait devenir la terreur des cercles de la région. La partie suivante montre l'aisance de ce gamin de 12 ans battant son oncle… a l'aveugle!!! (Partie). A 13 ans, Morphy rencontre Löwenthal (considéré comme GM à l'époque) et le bat 2,5 à 0,5. A New-York en 1857 fut organisé un match du type de celui de Londres 1851 (élimination directe) réunissant les plus forts joueurs américains dont Paulsen. Pour le bonheur de tous, Morphy et Paulsen se rencontrèrent en finale. Le score est éloquent : 5 victoires pour Morphy, 1 match nul et une défaite. Ce qui est encore plus remarquable c'est qu'entre l'âge de 12 et 19 ans, Morphy avait totalement délaissé les échecs pour ne se consacrer qu'à ses études, était sortit avec les plus hauts honneurs jamais décernés par le collège Spring Hill et avait obtenu sa capacité en droit de l'Université de Louisiane à 19 ans ! On devine que ses résultats échiquéens soient rapidement parvenus jusqu'en Europe. | |
En 1858, Morphy traverse donc l'Atlantique pour rencontrer Staunton. Arrivé le jour de ses 21 ans (22.06.1858), sa première démarche est bien entendue l'organisation d'un match contre Staunton, qu'il rencontre au Saint-George's Chess Club, mais l'Anglais ne prend pas de risques. Il laisse des comparses tester le "gamin". Owen s'y frotte le premier : résultat 4 pour Morphy, 1 pour Owen. Vient ensuite le tour de Barnes. Mais fatigué par son voyage, Morphy ne mène que 9 à 7 après quelques jours. Puis il se déchaîne et gagne 10 victoires de suite sous l'œil de Staunton. Score final 19 à 7 pour Morphy. Cependant, Staunton réagissait pas. Se défilant tout le temps, le match tant attendu semblait bien compromis. Un espoir fut quand même donné à Morphy lors d'une rencontre à 4. Associé à Barnes il rencontra le binôme Staunton-Owen. C'est là que Morphy commet une faute psychologique grave. Il gagne toutes les parties (3). Jamais il ne rencontrera en duel Staunton, le couard !
Devant les refus systématiques de Staunton à le rencontrer, Morphy rejoint ensuite Paris. Aimant la vie nocturne et l'opéra, c'est dans un état de fatigue avancé qu'il rencontre Harrwitz. D'ailleurs Morphy perd les deux premières parties, ce qui fit dire à Harrwitz : "A vrai dire on peut vaincre ce garçon sans difficultés". Il regrettera amèrement ses paroles. Même si Morphy était plutôt d'un caractère calme et posé, son amour-propre le fit réagir et il empocha 5 parties d'affilée. La 8ème se solda par la nullité. Harrwitz, arguant des problèmes de santé ne reprendra jamais le match mais déclarera par la suite : "Morphy est le plus fort joueur que j'aie jamais rencontré".
Toujours pas de Staunton à l'horizon (grande gueule et trouillard en plus). Anderssen, un gentleman lui, vint à Paris pendant ses vacances scolaires (rappelons qu'il était avant tout professeur de maths) afin de rencontrer Morphy. Le match eut lieu à l'hôtel de Morphy. La première partie fut remportée par Anderssen en 70 coups. La seconde fut nulle. On apprendra que Morphy était souffrant à ce moment et un meilleur état de santé allait renverser le match. Après quelques jours de repos, la troisième partie vit enfin la victoire de l'Américain en 20 coups. Les 4 suivantes furent encore des victoires pour Morphy. La huitième fut nulle, la neuvième au crédit de Morphy en 17 coups et la dixième fut une victoire d'Anderssen en 80 coups. Ce dernier déclara alors : "Morphy a besoin de 20 coups pour gagner, moi de 80 !". La onzième et dernière partie vit Morphy s'imposer encore une fois. Le match était terminé puisqu'il atteignait ainsi les 7 victoires nécessaires.
Cependant et avant de regagner l'Allemagne, Anderssen joua une fois de plus face à Morphy, mais sans enjeu. Score final : 5 à 1 pour Morphy.
Et toujours pas de Staunton en vue. Le 11 mai 1859, Morphy regagnait donc New-York. Après les honneurs, la déchéance. Il devint peu à peu fou et s'éteignit le 11 juillet 1884, dans sa baignoire. Sa carrière n'avait duré que 18 mois ! Qui serait alors le nouveau champion ? Il allait débarquer doucement de Prague sous le nom de Wilhem Steinitz.